24 May 2011

Cycles de réplication.

Ce dessin montre le cycle de réplication des trois types principaux de réplicateurs identifiés à ce jour; gènes, mèmes et tèmes.

Le but est de montrer en parallèle ces trois cycles pour faire ressortir les fortes similitudes qui existent et ainsi tenter d'argumenter un peu plus ma vision du concept de réplicateur.


J'ai introduit dans mes articles précédents le concept de “lecteur” ( reader ) et j'ai également proposé des définitions des concepts de “code” et “copie”. Je ne vais pas revenir sur ces point ici mais seulement donner quelques exemples de réplication illustrés et commentés.
http://knol.google.com/k/sylvain-magne/a-theory-of-memetics-beta/nswk0xtldpdg/5#

Nous prendrons donc les exemples suivants:
  • Pour réplicateur biologique: un gène humain.
  • Pour réplicateur culturel: une poignée de main.
  • Pour réplicateur technologique: un code informatique sur CD.

Quels que soient les réplicateurs, il y a un processus systématique de réplication qui doit être suivit. D'abord, il est nécessaire d'avoir un lecteur, une entité qui sera capable de lire le code réplicateur et d'en générer une copie. Le lecteur est tout ou partie de l'environnement du réplicateur qui sera nécessaire pour exécuter la copie correctement. On comprendra qu'un lecteur peut être très grand. Ainsi, en ce qui concerne les gènes, notre soleil fait partie du lecteur car si nous enlevons le soleil les chances qu'une nouvelle génération d'humains naisse est très faible. Suivant les cas on peut, par simplification souhaiter ne s’intéresser qu'aux parties les plus significatives du lecteur. Par exemple, en ce qui concerne la réplication génétique, on peut distinguer différentes couches constituant le lecteur génétique en commençant par le spermatozoïde et l'ovule, ensuite le ventre de la mère, la mère elle même, les ressources auxquelles la mère à accès, etc …

Ensuite viens le code. Pour que celui-ci puisse être identifié, il a besoin d'un support sur lequel il pourra être transmis. Aucune information ne peut voyager sans un support. Cependant, il est très important de faire la différence entre le code et son support. Dans le cas des gènes, les molécules d'ADN sont le support du code et le code se trouve dans la séquence particulière de ces molécules. C'est la séquence qui fait le code, pas les molécules. Pour s'en convaincre, il suffit de se dire qu'on peut remplacer les molécules par d'autres molécules identiques sans détruire le code mais on ne peut pas mélanger les molécules sans détruire le code.
Ainsi, dans le cas de la poignée de main, je situe le code dans la séquence des photons émis par les corps lors de son occurrence. Le support du code étant les photons eux-mêmes.
Dans le cas du CD, le code est dans la séquence des creux sur le CD et le support est le plastique formant le CD.

Le processus de réplication pourra commencer lorsque le code sera lu par le lecteur. Pour cela, tout lecteur possède un point d’entrée particulier.
Ce point est extrêmement important car c'est celui qui définit le protocole de communication. C'est une sorte de filtre qui ne laissera passer qu'un certain type d'information codée d'un certaine façon. Ainsi les molécules d'ADN ont une forme est une composition extrêmement spécifique répondant aux exigences du noyau des cellules qui les lisent. En ce qui concerne l’œil, seulement certaines longueurs d'ondes, dans une certaine plage de puissance, pourront être recevables. Pour le CD, la taille et disposition des trous est également très spécifique pour être lisible par le laser du lecteur CD. On remarquera à ce niveau que le noyau des cellules est le lecteur le plus exigeant et que l’œil est un lecteur relativement tolérant.

Note : Cependant, cette tolérance ne signifie pas que les codes ne peuvent pas être très précis. J'aborde ce sujet ainsi que celui de la qualité des copies dans un article sur la logique floue.

Le point d’entrée du lecteur fonctionne donc comme un goulot. Il force ainsi le code à être dans sa forme la plus épurée. Notons aussi que lorsque le code voyage il court le danger d’être détruit. Ainsi les codes et les supports les plus robustes auront tendance à être favorisés. On peut d'ailleurs voir une différence importante entre les photons qui sont très éphémères et le CD qui est très robuste. Ceci-dit, l'apparition de l'image dessinée, par exemple, permet de créer un flux de photons constant presque inépuisable.

Une fois que le lecteur a lu le code, ce dernier n'a, à priori, pas besoin d’être conservé dans son état d'origine et peut être détruit ou mis de côté. Dans le cas des photons ces derniers sont instantanément détruits lorsqu'ils touchent le fond de l’œil. Le contenu d'un CD n'a parfois besoin d’être lu qu'une seule fois et peut ensuite être mis de coté. Dans le cas de l'ADN, le code est conservé tel quel et est même copié dans chaque cellule. Cependant, je tiens à dire qu'il aurait pu en être autrement. Si les molécules utilisées dans les noyaux des cellules étaient de nature différente, disons de l'ARN au lieu de l'ADN, cela n’enlèverait rien au fait que l'ADN est le véritable support du réplicateur génétique. C'est d'ailleurs ce qui se passe dans nos cerveaux et dans nos ordinateurs. Nos cerveaux ne font pas des copies exactes des photons reçus, ils transforment l'information lumineuse en information électrique, chimique et biologique, à l’intérieur du réseau de neurones. De même pour les ordinateurs. Qu'ils soient Mac ou PC, les ordinateurs lisent le contenu du CD et le transforment en impulsions électriques et autres potentiels magnétiques.

Toutes ces transformations qui démarrent à la suite de la lecture du code forment le phénotype de ce code. Ainsi, les créations de cellules induites par les gènes, les connexions neuronales induites par les mèmes et les écritures magnétiques induites par les tèmes sont toutes des phénotypes.
Les phénotypes sont le moyen par lequel les réplicateurs vont parvenir à se répliquer.
Avant qu'une nouvelle copie du code original puisse être réalisée, il peut y avoir beaucoup de temps qui passe et beaucoup d’énergie dépensée. Il faudra peut-être deux décennies pour que des gènes humains soient copiés. Certains mèmes, par contre, peuvent être copiés en l'espace de quelques secondes. Mieux encore, certaines catégories de tèmes sont copiables en l’affaire de nanosecondes.
Toutes machines, qu'elles soient génétiques, mémétiques ou témétiques, agissent en fonctions des réplicateurs qui les ont programmées. De fait, l'humain est une machine à la fois génétique et mémétique, un phénotype mixte.
Les phénotypes, mèmes s'ils se ressemblent (par exemple ma main ressemble à la votre) ne doivent pas être confondus avec des réplicateurs. Il en est ainsi car un phénotype est toujours unique, il est créé une fois et jamais il n'est copié. Ce n'est pas les mains qui sont copiées, ce ne sont pas nos cerveaux qui sont copiés, ce n'est pas le contenu des disque durs qui sont copiés. Ce sont les codes messagers qui voyagent entre les machines, respectant des protocoles bien précis qui peuvent réellement être copiés. Ce sont les lecteurs en définissant les protocoles qui définissent les potentiels réplicateurs.

Il est intéressant de remarquer, dans le cas de la poignée de main par exemple, comment les réplicateurs photons peuvent être émis soit par des humains, soit par un dessin sur du papier, soit par une image sur un écran d'ordinateur, soit encore en sculpture.
Pour conclure :
Bien qu'il n'y ai pas une grande variété des supports biologiques, les supports culturels sont déjà plus nombreux. Les humains peuvent communiquer grâce à des photons, comme nous l'avons vu, mais aussi grâce aux sons, au textures, aux températures et aux molécules odoriférantes et gustatives.
Quand au réplicateurs technologiques, tous les jours apparaissent de nouveaux supports potentiels. Les supports dominants de nos jours sont les supports électromagnétiques tels que les câbles électriques, câbles optiques et autres antennes WiFi. Qui sait, demain peut-être utiliserons nous la mécanique quantique, des photons jumeaux ou l'effet tunnel pour dépasser encore les limites du possible.
On remarquera que l'apparition et la survie de nouveaux réplicateurs se fait en fonction de la qualité des supports et des lecteurs. Les réplicateurs culturels sont déjà plus rapides que les réplicateurs biologiques, mais les réplicateurs technologiques laissent leurs prédécesseurs loin derrière, aussi bien en matière de robustesse qu'en matière de vitesse et de précision.
L'avenir des réplicateurs sera technologique ou ne sera pas.